French Edition
Psychology
Le Suicide
French BooksWhale Edition by Émile Durkheim
Une enquête classique sur suicide, intégration sociale, statistiques et formes de solitude moderne.
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Book introduction
Le Suicide
Le Suicide examine un phénomène intime par les outils de la statistique, de la comparaison sociale et de l’analyse des formes d’intégration. Durkheim y distingue plusieurs types de suicide et montre comment les structures collectives influencent la vie psychique.
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Le Suicide is a public-domain work: the author died in 1917, and the text was first published in 1897. This edition uses the original French text.
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LE SUICIDE
ÉTUDE DE SOCIOLOGIE
PAR
Émile DURKHEIM
Professeur de Sociologie à la Faculté des Lettres de l'Université de
Bordeaux
PARIS
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
1897
PRÉFACE
Depuis quelque temps, la sociologie est à la mode. Le mot, peu connu et
presque décrié il y a une dizaine d'années, est aujourd'hui d'un usage
courant. Les vocations se multiplient et il y a dans le public comme un
préjugé favorable à la nouvelle science. On en attend beaucoup. Il faut
pourtant bien avouer que les résultats obtenus ne sont pas tout à fait
en rapport avec le nombre des travaux publiés ni avec l'intérêt qu'on
met à les suivre. Les progrès d'une science se reconnaissent à ce signe
que les questions dont elle traite ne restent pas stationnaires. On dit
qu'elle avance quand des lois sont découvertes qui, jusque-là, étaient
ignorées, ou, tout au moins, quand des faits nouveaux, sans imposer
encore une solution qui puisse être regardée comme définitive, viennent
modifier la manière dont se posaient les problèmes. Or, il y a
malheureusement une bonne raison pour que la sociologie ne nous donne
pas ce spectacle; c'est que, le plus souvent, elle ne se pose pas de
problèmes déterminés. Elle n'a pas encore dépassé l'ère des
constructions et des synthèses philosophiques. Au lieu de se donner pour
tâche de porter la lumière sur une portion restreinte du champ social,
elle recherche de préférence les brillantes généralités où toutes les
questions sont passées en revue, sans qu'aucune soit expressément
traitée. Cette méthode permet bien de tromper un peu la curiosité du
public en lui donnant, comme on dit, des clartés sur toutes sortes de
sujets; elle ne saurait aboutir à rien d'objectif. Ce n'est pas avec des
examens sommaires et à coup d'intuitions rapides qu'on peut arriver à
découvrir les lois d'une réalité aussi complexe. Surtout, des
généralisations, à la fois aussi vastes et aussi hâtives, ne sont
susceptibles d'aucune sorte de preuve. Tout ce qu'on peut faire, c'est
de citer, à l'occasion, quelques exemples favorables qui illustrent
l'hypothèse proposée; mais une illustration ne constitue pas une
démonstration. D'ailleurs, quand on touche à tant de choses diverses, on
n'est compétent pour aucune et l'on ne peut guère employer que des
renseignements de rencontre, sans qu'on ait même les moyens d'en faire
la critique. Aussi les livres de pure sociologie ne sont-ils guère
utilisables pour quiconque s'est fait une règle de n'aborder que des
questions définies; car la plupart d'entre eux ne rentrent dans aucun
cadre particulier de recherches et, de plus, ils sont trop pauvres en
documents de quelque autorité.
Ceux qui croient à l'avenir de notre science doivent avoir à cœur de
mettre fin à cet état de choses. S'il durait, la sociologie retomberait
vite dans son ancien discrédit et, seuls, les ennemis de la raison
pourraient s'en réjouir. Car ce serait pour l'esprit humain un
déplorable échec si cette partie du réel, la seule qui lui ait jusqu'à
présent résisté, la seule aussi qu'on lui dispute avec passion, venait à
lui échapper, ne fût-ce que pour un temps. L'indécision des résultats
obtenus n'a rien qui doive décourager. C'est une raison pour faire de
nouveaux efforts, non pour abdiquer. Une science, née d'hier, a le droit
d'errer et de tâtonner, pourvu qu'elle prenne conscience de ses erreurs
et de ses tâtonnements de manière à en prévenir le retour. La sociologie
ne doit donc renoncer à aucune de ses ambitions; mais, d'un autre côté,
si elle veut répondre aux espérances qu'on a mises en elle, il faut
qu'elle aspire à devenir autre chose qu'une forme originale de la
littérature philosophique. Que le sociologue, au lieu de se complaire en
Preview chapterI.Preview
Comme le mot de suicide revient sans cesse dans le cours de la
conversation, on pourrait croire que le sens en est connu de tout le
monde et qu'il est superflu de le définir. Mais, en réalité, les mots de
la langue usuelle, comme les concepts qu'ils expriment, sont toujours
ambigus et le savant qui les emploierait tels qu'il les reçoit de
l'usage et sans leur faire subir d'autre élaboration s'exposerait aux
plus graves confusions. Non seulement la compréhension en est si peu
circonscrite qu'elle varie d'un cas à l'autre suivant les besoins du
discours, mais encore, comme la classification dont ils sont le produit
ne procède pas d'une analyse méthodique, mais ne fait que traduire les
impressions confuses de la foule, il arrive sans cesse que des
catégories de faits très disparates sont réunies indistinctement sous
une même rubrique, ou que des réalités de même nature sont appelées de
noms différents. Si donc on se laisse guider par l'acception reçue, on
risque de distinguer ce qui doit être confondu ou de confondre ce qui
doit être distingué, de méconnaître ainsi la véritable parenté des
choses et, par suite, de se méprendre sur leur nature. On n'explique
qu'en comparant. Une investigation scientifique ne peut donc arriver à
sa fin que si elle porte sur des faits comparables et elle a d'autant
plus de chances de réussir qu'elle est plus assurée d'avoir réuni tous
ceux qui peuvent être utilement comparés. Mais ces affinités naturelles
des êtres ne sauraient être atteintes avec quelque sûreté par un examen
superficiel comme celui d'où est résultée la terminologie vulgaire; par
conséquent, le savant ne peut prendre pour objets de ses recherches les
groupes de faits tout constitués auxquels correspondent les mots de la
langue courante. Mais il est obligé de constituer lui-même les groupes
qu'il veut étudier, afin de leur donner l'homogénéité et la spécificité
qui leur sont nécessaires pour pouvoir être traités scientifiquement.
C'est ainsi que le botaniste, quand il parle de fleurs ou de fruits, le
zoologiste, quand il parle de poissons ou d'insectes, prennent ces
différents termes dans des sens qu'ils ont dû préalablement fixer.
Notre première tâche doit donc être de déterminer l'ordre de faits que
nous nous proposons d'étudier sous le nom de suicides. Pour cela, nous
allons chercher si, parmi les différentes sortes de morts, il en est qui
ont en commun des caractères assez objectifs pour pouvoir être reconnus
de tout observateur de bonne foi, assez spéciaux pour ne pas se
rencontrer ailleurs, mais, en même temps, assez voisins de ceux que l'on
met généralement sous le nom de suicides pour que nous puissions, sans
faire violence à l'usage, conserver cette même expression. S'il s'en
rencontre, nous réunirons sous cette dénomination tous les faits, sans
exception, qui présenteront ces caractères distinctifs, et cela sans
nous inquiéter si la classe ainsi formée ne comprend pas tous les cas
qu'on appelle d'ordinaire ainsi ou, au contraire, en comprend qu'on est
habitué à appeler autrement. Car ce qui importe, ce n'est pas d'exprimer
avec un peu de précision la notion que la moyenne des intelligences
s'est faite du suicide, mais c'est de constituer une catégorie d'objets
qui, tout en pouvant être, sans inconvénient, étiquettée sous cette
rubrique, soit fondée objectivement, c'est-à-dire corresponde à une
nature déterminée de choses.
Or, parmi les diverses espèces de morts, il en est qui présentent ce
trait particulier qu'elles sont le fait de la victime elle-même,
qu'elles résultent d'un acte dont le patient est l'auteur; et, d'autre
part, il est certain que ce même caractère se retrouve à la base même de
Preview chapterII.Preview
Mais le fait ainsi défini intéresse-t-il le sociologue? Puisque le
suicide est un acte de l'individu qui n'affecte que l'individu, il
semble qu'il doive exclusivement dépendre de facteurs individuels et
qu'il ressortisse, par conséquent, à la seule psychologie. En fait,
n'est-ce pas par le tempérament du suicidé, par son caractère, par ses
antécédents, par les événements de son histoire privée que l'on explique
d'ordinaire sa résolution?
Nous n'avons pas à rechercher pour l'instant dans quelle mesure et sous
quelles conditions il est légitime d'étudier ainsi les suicides, mais ce
qui est certain, c'est qu'ils peuvent être envisagés sous un tout autre
aspect. En effet, si, au lieu de n'y voir que des événements
particuliers, isolés les uns des autres et qui demandent à être examinés
chacun à part, on considère l'ensemble des suicides commis dans une
société donnée pendant une unité de temps donnée, on constate que le
total ainsi obtenu n'est pas une simple somme d'unités indépendantes, un
tout de collection, mais qu'il constitue par lui-même un fait nouveau et
_sui generis_, qui a son unité et son individualité, sa nature propre
par conséquent, et que, de plus, cette nature est éminemment sociale. En
effet, pour une même société, tant que l'observation ne porte pas sur
une période trop étendue, ce chiffre est à peu près invariable, comme le
prouve le tableau I (V. ci-dessous). C'est que, d'une année à la
suivante, les circonstances au milieu desquelles se développe la vie des
peuples restent sensiblement les mêmes. Il se produit bien parfois des
variations plus importantes; mais elles sont tout à fait l'exception. On
peut voir, d'ailleurs, qu'elles sont toujours contemporaines de quelque
crise qui affecte passagèrement l'état social.
TABLEAU I
_Constance du suicide dans les principaux pays d'Europe (Chiffres absolus)._
+--------+---------+---------+--------+-------+----------+-----------+
| | | | | | | |
| ANNÉES.| FRANCE. | PRUSSE. | ANGLE- | SAXE. | BAVIÈRE. | DANEMARK. |
| | | | TERRE | | | |
+--------+---------+---------+--------+-------+----------+-----------+
| | | | | | | |
| 1841 | 2.814 | 1.630 | | 290 | | 337 |
| 1842 | 2.866 | 1.598 | | 318 | | 317 |
| 1843 | 3.020 | 1.720 | | 420 | | 301 |
| 1844 | 2.973 | 1.575 | | 335 | 244 | 285 |
| 1845 | 3.082 | 1.700 | | 338 | 250 | 290 |
| 1846 | 3.102 | 1.707 | | 373 | 220 | 376 |
| 1847 | (3.647) | (1.852) | | 377 | 217 | 345 |
| 1848 | (3.301) | (1.649) | | 398 | 215 | (305) |
| 1849 | 3.583 | (1.527) | | (328) | (189) | 337 |
| 1850 | 3.596 | 1.736 | | 390 | 250 | 340 |
| 1851 | 3.598 | 1.809 | | 402 | 260 | 401 |
| 1852 | 3.676 | 2.073 | | 530 | 226 | 426 |
| 1853 | 3.415 | 1.942 | | 431 | 263 | 419 |
| 1854 | 3.700 | 2.198 | | 547 | 318 | 363 |
| 1855 | 3.810 | 2.351 | | 568 | 307 | 399 |
| 1856 | 4.189 | 2.377 | | 550 | 318 | 426 |
| 1857 | 3.967 | 2.038 | 1.349 | 485 | 286 | 427 |
| 1858 | 3.903 | 2.126 | 1.275 | 491 | 329 | 457 |
| 1859 | 3.899 | 2.146 | 1.248 | 507 | 387 | 451 |
| 1860 | 4.050 | 2.105 | 1.365 | 548 | 339 | 468 |
| 1861 | 4.454 | 2.185 | 1.347 | (643) | | |
| 1862 | 4.770 | 2.112 | 1.317 | 557 | | |
| 1863 | 4.613 | 2.374 | 1.315 | 643 | | |
| 1864 | 4.521 | 2.203 | 1.340 | (545) | | 411 |
| 1865 | 4.946 | 2.361 | 1.392 | 619 | | 451 |
| 1866 | 5.119 | 2.485 | 1.329 | 704 | 410 | 443 |
| 1867 | 5.011 | 3.625 | 1.316 | 752 | 471 | 469 |
| 1868 | (5.547) | 3.658 | 1.508 | 800 | 453 | 498 |
| 1869 | 5.114 | 3.544 | 1.588 | 710 | 425 | 462 |
| 1870 | | 3.270 | 1.554 | | | 486 |
| 1871 | | 3.135 | 1.495 | | | |
| 1872 | | 3.467 | 1.514 | | | |
| | | | | | | |
+--------------------------------------------------------------------+
C'est ainsi qu'en 1848 une baisse brusque a eu lieu dans tous les États
européens.
Si l'on considère un plus long intervalle de temps, on constate des
changements plus graves. Mais alors ils deviennent chroniques; ils
témoignent donc simplement que les caractères constitutionnels de la
société ont subi, au même moment, de profondes modifications. Il est
Table of contents
Inside this edition
- 01Le Suicide
- 02I.
- 03II.
- 04LIVRE PREMIER
- 05CHAPITRE I
- 06I.
- 07II.
- 08III.
- 09IV.
- 10V.
- 11CHAPITRE II
- 12I.
- 13II.
- 14III.
- 15CHAPITRE III
- 16I.
- 17II.
- 18III.
- 19IV.
- 20CHAPITRE IV
- 21I.
- 22II.
- 23III.
- 24IV.
- 25LIVRE II
- 26CHAPITRE PREMIER
- 27I.
- 28II.
- 29CHAPITRE II
- 30I.
- 31II.
- 32III.
- 33IV.
- 34CHAPITRE III
- 35I.
- 36II.
- 37III.
- 38IV.
- 39V.
- 40VI.
- 41CHAPITRE IV
- 42I.
- 43II.
- 44III.
- 45CHAPITRE V
- 46I.
- 47II.
- 48III.
- 49IV.
- 50chapitre se rejoignent donc et se contrôlent mutuellement.
- 51CHAPITRE VI
- 52I.
- 53acte a-t-il pour note dominante cette fermeté sereine que donne le
- 54II
- 55LIVRE III
- 56CHAPITRE I
- 57I.
- 58II.
- 59III.
- 60IV.
- 61CHAPITRE II
- 62I.
- 63acte était dû aux remords que lui causait une faute militaire, son
- 64II.
- 65III.
- 66IV.
- 67CHAPITRE III
- 68I.
- 69II.
- 70III.
- 71IV.
- 72LIVRE I
- 73CHAPITRE I
- 74CHAPITRE II
- 75CHAPITRE III
- 76CHAPITRE IV
- 77LIVRE II
- 78CHAPITRE I
- 79CHAPITRE II
- 80CHAPITRE III
- 81CHAPITRE IV
- 82CHAPITRE V
- 83CHAPITRE VI
- 84LIVRE III
- 85CHAPITRE I
- 86CHAPITRE II
- 87CHAPITRE III
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