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L’École des Robinsons cover

French Edition

Literature

L’École des Robinsons

French BooksWhale Edition by Jules Verne

Le rêve d’une île déserte confronte un jeune homme fortuné aux difficultés de la survie et aux illusions de l’aventure.

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Book introduction

L’École des Robinsons

Godfrey Morgan quitte son existence confortable pour chercher l’aventure, accompagné du professeur de danse Tartelett. Leur séjour sur une île met à l’épreuve leurs connaissances et leur capacité à se débrouiller. Jules Verne détourne les récits de naufrage par l’humour et interroge l’écart entre le voyage rêvé et l’expérience concrète.

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Jules Verne est mort en 1905. La première publication de L’École des Robinsons remonte à 1882.

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L’École des Robinsons

Jules Verne

Preview chapterI – Où le lecteur trouvera, s’il le veut, – l’occasion d’acheter une île de l’océan PacifiquePreview

« Île à vendre, au comptant, frais en sus, au plus offrant et dernier enchérisseur ! » redisait coup sur coup, sans reprendre haleine, Dean Felporg, commissaire priseur de l’« auction », où se débattaient les conditions de cette vente singulière.

« Île à vendre ! île à vendre ! » répétait d’une voix plus éclatante encore le crieur Gingrass, qui allait et venait au milieu d’une foule véritablement très excitée.

Foule, en effet, qui se pressait dans la vaste salle de l’hôtel des ventes, au numéro 10 de la rue Sacramento. Il y avait là, non seulement un certain nombre d’Américains des États de Californie, de l’Oregon, de l’Utah, mais aussi quelques-uns de ces Français qui forment un bon sixième de la population, des Mexicains enveloppés de leur sarape, des Chinois avec leur tunique à larges manches, leurs souliers pointus, leur bonnet en cône, des Canaques de l’Océanie, même quelques Pieds-Noirs, Gros-Ventres ou Têtes-Plates, accourus des bords de la rivière Trinité.

Hâtons-nous d’ajouter que la scène se passait dans la capitale de l’État californien, à San Francisco, mais non à cette époque où l’exploitation des nouveaux placers attirait les chercheurs d’or des deux mondes – de 1849 à 1852. San Francisco n’était plus ce qu’elle avait été au début, un caravansérail, un débarcadère, une auberge, où couchaient pour une nuit les affairés qui se hâtaient vers les terrains aurifères du versant occidental de la Sierra Nevada. Non, depuis quelque vingt ans, l’ancienne et inconnue Yerba-Buena avait fait place à une ville unique en son genre, riche de cent mille habitants, bâtie au revers de deux collines, la place lui ayant manqué sur la plage du littoral, mais toute disposée à s’étendre jusqu’aux dernières hauteurs de l’arrière-plan – une cité, enfin, qui a détrôné Lima, Santiago, Valparaiso, toutes ses autres rivales de l’ouest, dont les Américains ont fait la reine du Pacifique, la « gloire de la côte occidentale » !

Ce jour-là – 15 mai –, il faisait encore froid. En ce pays, soumis directement à l’action des courants polaires, les premières semaines de ce mois rappellent plutôt les dernières semaines de mars dans l’Europe moyenne. Pourtant on ne s’en serait pas aperçu, au fond de cette salle d’encans publics. La cloche, avec son branle incessant, y avait appelé un grand concours de populaire, et une température estivale faisait perler au front de chacun des gouttes de sueur que le froid du dehors eût vite solidifiées.

Ne pensez pas que tous ces empressés fussent venus à la salle des « auctions » dans l’intention d’acquérir. Je dirai même qu’il n’y avait là que des curieux. Qui aurait été assez fou, s’il eût été assez riche, pour acheter une île du Pacifique, que le gouvernement avait la bizarre idée de mettre en vente ? On se disait donc que la mise à prix ne serait pas couverte, qu’aucun amateur ne se laisserait entraîner au feu des enchères. Cependant ce n’était pas la faute au crieur public, qui tentait d’allumer les chalands par ses exclamations, ses gestes et le débit de ses boniments enguirlandés des plus séduisantes métaphores.

On riait, mais on ne poussait pas.

– Une île ! une île à vendre ! répéta Gingrass.

– Mais pas à acheter, répondit un Irlandais, dont la poche n’eût pas fourni de quoi en payer un seul galet.

– Une île qui, sur la mise à prix, ne reviendrait pas à six dollars l’acre ! cria le commissaire Dean Felporg.

– Et qui ne rapporterait pas un demi-quart pour cent ! riposta un gros fermier, très connaisseur en fait d’exploitations agricoles.

– Une île qui ne mesure pas moins de soixante-quatre milles de tour et deux cent vingt-cinq mille acres de surface !

Preview chapterII – Comment William W. Kolderup de San Francisco – fut aux prises avec J.-R. Taskinar, de StocktonPreview

Il était une fois un homme extraordinairement riche, qui comptait par millions de dollars comme d’autres comptent par milliers. C’était William W. Kolderup.

On le disait plus riche que le duc de Westminster, dont le revenu s’élève à huit cent mille livres, et qui peut dépenser cinquante mille francs par jour, soit trente-six francs par minute – plus riche que le sénateur Jones, de Nevada, qui possède trente-cinq millions de rentes –, plus riche que M. Mackay lui-même, auquel ses deux millions sept cent cinquante mille livres de rente annuelle assurent sept mille huit cents francs par heure, ou deux francs et quelques centimes par seconde.

Je ne parle pas de ces petits millionnaires, les Rothschild, les Van Der Bilt, les ducs de Northumberland, les Stewart ; ni des directeurs de la puissante banque de Californie et autres personnages bien rentés de l’ancien et du nouveau monde, auxquels William W. Kolderup eût été en situation de pouvoir faire l’aumône. Il aurait, sans se gêner, donné un million, comme vous ou moi nous donnerions cent sous.

C’était dans l’exploitation des premiers placers de la Californie que cet honorable spéculateur avait jeté les solides fondements de son incalculable fortune. Il fut le principal associé du capitaine suisse Sutter, sur les terrains duquel, en 1848, fut découvert le premier filon. Depuis cette époque, chance et intelligence aidant, on le trouve intéressé dans toutes les grandes exploitations des deux mondes. Il se jeta alors hardiment à travers les spéculations du commerce et de l’industrie. Ses fonds inépuisables alimentèrent des centaines d’usines, ses navires en exportèrent les produits dans l’univers entier. Sa richesse s’accrut donc dans une progression non seulement arithmétique, mais géométrique. On disait de lui ce que l’on dit généralement de ces « milliardaires », qu’il ne connaissait pas sa fortune. En réalité, il la connaissait à un dollar près, mais il ne s’en vantait guère.

Au moment où nous le présentons à nos lecteurs avec tous les égards que mérite un homme de « tant de surface », William W. Kolderup comptait deux mille comptoirs, répartis sur tous les points du globe ; quatre-vingt mille employés dans ses divers bureaux d’Amérique, d’Europe et d’Australie ; trois cent mille correspondants ; une flotte de cinq cents navires qui couraient incessamment les mers à son profit, et il ne dépensait pas moins d’un million par an rien qu’en timbres d’effets et ports de lettres. Enfin c’était l’honneur et la gloire de l’opulente Frisco – petit nom d’amitié que les Américains donnent familièrement à la capitale de la Californie.

Une enchère, jetée par William W. Kolderup, ne pouvait donc être qu’une enchère des plus sérieuses. Aussi, lorsque les spectateurs de l’« auction » eurent reconnu celui qui venait de couvrir, avec cent mille dollars, la mise à prix de l’île Spencer, il se fit un mouvement irrésistible, les plaisanteries cessèrent à l’instant, les quolibets firent place à des interjections admiratives, des hurrahs éclatèrent dans la salle de vente.

Puis un grand silence succéda à ce brouhaha. Les yeux s’agrandirent, les oreilles se dressèrent. Pour notre part, si nous avions été là, notre souffle se serait arrêté, afin de ne rien perdre de l’émouvante scène qui allait se dérouler, si quelque autre amateur osait entrer en lutte avec William W. Kolderup.

Mais était-ce probable ? Était-ce même possible ?

Non ! Et tout d’abord, il suffisait de regarder William W. Kolderup pour se faire cette conviction, qu’il ne céderait jamais dans une question où sa valeur financière serait en jeu.

C’était un homme grand, fort, tête volumineuse, épaules larges, membres bien attachés, charpente de fer, solidement boulonnée. Son regard bon, mais résolu, ne se baissait pas volontiers. Sa chevelure grisonnante « touffait » autour de son crâne, abondante comme au premier âge. Les lignes droites de son nez formaient un triangle rectangle géométriquement dessiné. Pas de moustaches. Une barbe taillée à l’américaine, rudement fournie au menton, dont les deux pointes supérieures se raccordaient à la commissure des lèvres, et qui remontait aux tempes en favoris poivre et sel. Des dents blanches, rangées symétriquement sur les bords d’une bouche fine et serrée. Une de ces vraies têtes de commodore, qui se redressent dans la tempête et font face à l’orage. Aucun ouragan ne l’eût courbée, tant elle était solide sur le cou puissant qui lui servait de pivot. Dans cette bataille de surenchères, chaque mouvement qu’elle ferait de haut en bas signifierait cent mille dollars de plus.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02I – Où le lecteur trouvera, s’il le veut, – l’occasion d’acheter une île de l’océan Pacifique
  3. 03II – Comment William W. Kolderup de San Francisco – fut aux prises avec J.-R. Taskinar, de Stockton
  4. 04III – Où la conversation de Phina Hollaney – et de Godfrey Morgan est accompagnée au piano
  5. 05IV – Dans lequel T. Artelett, dit Tartelett, – est correctement présenté au lecteur
  6. 06V – Dans lequel on se prépare à partir, – et à la fin duquel on part pour tout de bon
  7. 07VI – Dans lequel le lecteur est appelé à faire connaissance avec un nouveau personnage
  8. 08VII – Dans lequel on verra que William W. Kolderup – n’a peut-être pas eu tort de faire assurer son navire
  9. 09VIII – Qui conduit Godfrey à de chagrines réflexions – sur la manie des voyages
  10. 10IX – Où il est démontré que tout n’est pas rose – dans le métier de Robinson
  11. 11X – Où Godfrey fait ce que tout autre naufragé – eût fait en pareille circonstance
  12. 12XI – Dans lequel la question du logement – est résolue autant qu’elle peut l’être
  13. 13XII – Qui se termine juste à point – par un superbe et heureux coup de foudre
  14. 14XIII – Où Godfrey voit encore s’élever une légère fumée – sur un autre point de l’île
  15. 15XIV – Dans lequel Godfrey trouve une épave, – à laquelle son compagnon et lui font bon accueil
  16. 16XV – Où il arrive ce qui arrive au moins une fois – dans la vie de tout Robinson vrai ou imaginaire
  17. 17XVI – Dans lequel se produit un incident – qui ne saurait surprendre le lecteur
  18. 18XVII – Dans lequel le fusil du professeur Tartelett – fait véritablement merveille
  19. 19XVIII – Qui traite de l’éducation morale et physique – d’un simple indigène du Pacifique
  20. 20XIX – Dans lequel la situation déjà gravement compromise se complique de plus en plus
  21. 21XX – Dans lequel Tartelett répète sur tous les tons – qu’il voudrait bien s’en aller
  22. 22XXI – Qui se termine par une réflexion – absolument surprenante du nègre Carèfinotu
  23. 23XXII – Lequel conclut en expliquant tout ce qui avait paru être absolument inexplicable jusqu’ici

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